DOSSIER    MOOC environnement et plaisance

MOOC Environnement et Plaisance

© Fédération des Industries Nautiques en partenariat avec la magazine Bateaux

Documentation Voile 2018 | Théo Devigne

Partie 1 : La vie sur l'eau

La première partie de ce document est consacrée à la vie sur l’eau autour de trois problématiques : la gestion des déchets, les rejets en mer et les bons comportements à adopter vis-à-vis des autres usagers. Au-delà des aspects pratiques de la gestion des déchets dans un espace limité comme celui d’un bateau, il s’agit aussi d’un enjeu pour l’environnement puisque des déchets mal gérés sur un bateau peuvent produire des nuisances écologiques considérables. Cet article est donc l’occasion d’aborder les moyens de stockage et de traitement qui existent, ainsi que les gestes simples à adopter pour optimiser la gestion des déchets. Dans un second temps, nous aborderons les bonnes pratiques et les équipements utiles pour gérer les eaux noires, les eaux grises et les rejets d’hydrocarbures, qui génèrent des pollutions importantes pour l’environnement et représentent un danger pour la santé humaine. Enfin, un dernier temps est dédié aux bons comportements à adopter vis-à-vis des autres plaisanciers, afin que tous les usagers puissent cohabiter sereinement au port et durant la navigation.

LA VIE SUR L’EAU
Les activités marines accusées à tort d'impacter l'environnement (Les origines)


Noir c'est noir… mais il y a de l'espoir : les rejets d'eaux noires ou d'hydrocarbures sont loin d'être le principal facteur de pollution maritime et fluviale. .. et il va en se réduisant encore. La mauvaise réputation du nautisme en matière d'environnement surfe donc sur de fausses vérités… à décrypter !


Qu'elles soient noires ou grises, les eaux usées rejetées par les bateaux ne seraient responsables que de 0,06 % de la pollution des cours d'eau, selon une étude menée par la Confédération européenne des industries nautiques.. Quant aux hydrocarbures, leur provenance dans la mer est presque pour moitié d’origine... naturelle (49%) ! Elles se concentrent en effet dans les zones à forte activité sismique, comme le Golfe du Mexique, la Méditerranée ou les côtes d’Alaska. En deuxième position (47%) vient le transport maritime, dont celui d’hydrocarbures, les activités portuaires et les exploitations off-shore. Quant aux petits navires (bateaux de plaisance, petits bateaux de pêche ou de transport de passagers) ils ne sont responsables que de…  4% de la pollution par hydrocarbures d’origine maritime ! Si on considère les activités nautiques dans leur ensemble, elles génèrent à elles toutes moins de 1% de la pollution maritime et seulement 0,56% de la pollution par hydrocarbures en Europe. La mer salie… d'abord par les terriens ! Alors que plus de 48 millions d’Européens pratiquent chaque année des loisirs nautiques en mer, et sur lacs et rivières, il est facile et tentant de les accuser d'être source de toutes les pollutions. Et pourtant, c'est une idée fausse : en réalité, les plaisanciers, fous amoureux de la grande bleue,  se gardent souvent de la souiller. Ils se montrent bien plus respectueux de l'environnement que les baigneurs ou les promeneurs ! Un chiffre suffit à le prouver : les activités humaines à terre sont responsables de 77% de la pollution maritime. Certes, ces activités sont «  difficilement traçables et invisibles aux yeux du public », comme le concluait le rapport Nautisme et Environnement remis au gouvernement en 2009 par le CSNPSN (Conseil Supérieur de la Navigation de Plaisance et des Sports Nautiques) et actualisé en 2014. Les bateaux sont donc des coupables tout trouvés ! Pourtant, selon ce même rapport, seulement 12% de la pollution marine est imputable à l’ensemble des activités maritimes…  En très grande partie, elle est donc d'origine terrestre ! Petits bateaux... polluent peu les eaux ! Les activités maritimes, c'est loin d'être seulement la navigation de plaisance : il y a aussi et surtout le transport maritime, le transport d’hydrocarbures et de produits dangereux, les activités portuaires, l’interface port-navire, les accidents tels que les marées noires, les dégazages, et autres rejets… Face à  cette diversité, le CSNPSN estime que « la plaisance et les autres activités nautiques ne représentent qu’une part mineure des 12% de pollution générée par les activités maritimes. » Premier au rang des accusés, le transport maritime : ses impacts environnementaux sont évidemment bien plus marquants que ceux du nautisme ; et pas seulement en raison de la taille des bateaux et de la densité du trafic ! Les technologies employées pour leurs moteurs jouent aussi leur rôle. Ceux qui équipent les bateaux de plaisance n’émettent pas de dioxyde de soufre, car le carburant et la technologie utilisée proviennent de l’industrie automobile. Si l’on considère la pollution atmosphérique, les émissions des moteurs de plaisance représentent seulement 0,56% des émissions totales causées par les activités humaines et 1,65% des émissions du transport routier.


Les rejets en mer d’hydrocarbures, autorisés à de faibles concentrations par le droit international, sont insignifiants pour ce qui concerne la plaisance : ce sont bien sûr les navires de marine marchande qui représentent la majorité de ces rejets légaux, avec 188 000 tonnes par an... soit plus de 3,5 fois la pollution totale générée par les “petits navires » ! D'autant que près d'un quart de ces bateaux de plaisance sont des voiliers, dépourvus de moteur ou l'utilisant très peu (23,4 %, chiffres 2015 du ministère de l'Environnement) Des pollutions « gérables » et en diminution L'impact du nautisme est donc moins grand qu'on ne le croit, et va en se rétrécissant encore, grâce à la sensibilisation des usagers et aux pratiques qui s'améliorent, dans le respect des nouvelles réglementations. Il n'est donc pas si difficile de limiter drastiquement la pollution liée à la plaisance : il suffit d'un effort de chacun (cf « les bons gestes »). Les progrès technologiques ont aussi un grand rôle à jouer : les émissions d'hydrocarbures ont plongé de 70 % sur les vingt dernières années, avec la généralisation progressive des moteurs de nouvelle génération (notamment les moteurs HB 4T et 2T à faible émission) Les méthodes de production ont également évolué en profondeur afin de réduire les rejets de produits polluants durant la construction ; idem en ce qui concerne les méthodes de déconstruction. La Fédération est impliquée depuis longtemps dans ces efforts pour une mer plus claire… et ça va continuer, pour le bonheur de tous les plaisanciers : car vivre au plus près de la mer, c'est aussi apprendre à la respecter ; et en ce sens, l'environnement est l'essence même du nautisme !

ARTICLE 1 :  Ce que dit la loi sur les eaux usées des bateaux :
Tout rejet d’eaux grises, d’eaux noires, d’eaux de fond de cale est interdit dans les ports et dans la zone des 3 milles nautiques. En cas d'infraction, vous risquez jusqu'à 4000 euros d'amende pour un bateau de moins de 20 mètres.
L’article 43 de la loi sur l’eau précise que les navires de plaisance, équipés de toilettes et construits après le 1er janvier 2008, qui accèdent aux ports maritimes et fluviaux ainsi qu’aux zones de mouillages et d’équipement léger, doivent être munis d’installations permettant soit de stocker (bacs de rétention, toilettes sèches...) soit de traiter les eaux usées.
Si le navire est équipé d'un système de broyage et de désinfection et qu'il se trouve à plus de trois milles marins de la terre, il pourra rejeter ses eaux usées ainsi traitées, à une vitesse modérée, au moins égale à 4 nœuds.
Une nouvelle directive européenne, applicable à compter ce début d'année (1er janvier 2016) vient renforcer les exigences minimales de sécurité et d’environnement pour les bateaux de plaisance d’une longueur de coque comprise entre 2.5m et 24m, les VNM et les moteurs de propulsion (directive européenne 2013/53/UE). Seul le niveau d'émissions sonores autorisé reste inchangé !
L’exigence essentielle de la directive concerne le rejet des eaux noires : chaque toilette installée sur un bateau doit être uniquement raccordée à un système de rétention ou de traitement des eaux aux normes actuelles, communes à toute l'Europe.
Les valeurs limites autorisées pour les émissions gazeuses sont abaissées, en s'alignant sur les limites d’émissions gazeuses adoptées par l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA). Par ailleurs, l'évolution des normes européennes augmente l'exigence sur la composition des rejets dans l’atmosphère de gaz d'échappement.
Sur tous les plans, la réglementation se fait de plus en plus stricte à travers toute l'Europe, et on peut prédire que les obligations faites aux bateaux les plus récents seront généralisées au cours des années à venir. La FIN, très engagée depuis longtemps dans la protection de l'environnement a anticipé cette évolution, notamment avec ses campagnes eaux grises, incitant les plaisanciers à limiter l'usage des produits chimiques, ou avec la création du label Bateau Bleu, qui récompense les bateaux et équipements innovants sur le plan écologique.
 
ARTICLE 2 : Les eaux noires des bateaux de plaisance
Les eaux noires sont les eaux qui proviennent des toilettes. Les eaux noires des bateaux de plaisance représentent davantage un problème sanitaire du fait des germes pathogènes qu’elles sont susceptibles de contenir, qu’une véritable question environnementale.


La réglementation
• Au port : Tous les rejets d’eaux noires sont interdits dans les eaux des ports.
• Au large : Il existe des réglementations locales quant aux rejets des eaux noires. En l’absence de réglementation, les principes suivants sont à observer:
Ne déversez pas vos eaux noires à moins de trois milles des côtes, tout en tenant compte du renouvellement des eaux, de la fragilité de la zone et de la concentration de bateaux.


Aujourd’hui, les ports de plaisance sont équipés en stations de pompage que vous pouvez utiliser. Les bonnes pratiques :


• Utilisez les toilettes à terre plutôt que vos toilettes de bord. 
• Équipez votre bateau en système de rétention ou de traitement.
• Incitez votre port, votre association ou club de voile à proposer un service de pompage.
• Vérifiez que vos nables de pont sont conformes aux normes ou munissez-vous d’un adaptateur vous permettant une connexion efficace a différents types de stations de pompage.
• Utilisez les toilettes et bacs de rétention conformément a leur mode d’emploi.
Entretenez-les régulièrement en vue de leur bon fonctionnement. Et pensez à faire évoluer votre équipement afin de mieux respecter l’environnement.
• Ne vous débarrassez jamais de solvants, détergents, produits à base d’hydrocarbures et autres polluants dans vos toilettes.

 

ARTICLE 3 : Les eaux grises des bateaux de plaisance
Les eaux grises des bateaux de plaisance sont toutes les eaux usées, autres que les eaux noires. Il s’agit donc de toutes les eaux de lavage et de lessivage. Elles génèrent une pollution de type chimique en raison des substances actives des détergents qu’elles contiennent, principalement des tensioactifs. Elles sont liées à l’utilisation de 3 types de produits détergents et d’entretien :


• les produits détergents domestiques : produit vaisselle, lessives…
• les produits d’entretien du bateau : lavage des ponts, entretien des métaux …
• les produits d’hygiène corporelle : shampooing, gel douche…


Cette pollution due à la plaisance reste minime quantitativement en comparaison avec les pollutions dues aux eaux grises d’origine terrestre. Sachez que les stations d’assainissement à terre ne savent pas traiter la pollution due aux détergents. Ainsi, les eaux grises d’origine terrestre provenant de nos lessives, de nos vaisselles, de nos douches, ne sont pas efficacement traitées et sont réintroduites dans l’environnement.


Pourtant à terre comme en mer, la solution est simple :


L’utilisation de produits 100 % biodégradables et naturels ! Le législateur européen a imposé à tous les détergents de présenter une biodégradabilité de 80 % en 28 jours. Une biodégradabilité a 80 % apparait cependant insuffisante pour assurer la préservation de l’environnement et de la vie en mer.
C’est pourquoi nous vous recommandons de vous diriger vers des produits détergents et d’hygiène 100 % biodégradables et à base de produits naturels.
Il est parfois difficile pour le consommateur de se repérer parmi tous les produits dits ≪ verts ≫. Il est important de vérifier si les produits choisis sont bien d’origine végétale et si leur biodégradabilité est bien totale. Autres bonnes pratiques :


• Utilisez les détergents et produits de toilette en très petite quantité. Le nettoyage d’un bateau, même petit, peut polluer beaucoup d’eau.
• N’utilisez jamais de détergents contenant de l’ammoniaque, du sodium, des solvants chlores, des distillats de pétrole ou de la potasse.
• Faites votre vaisselle, vos lessives et autres nettoyages à terre dans les installations sanitaires mises à votre disposition par le port. 
• Pensez à économiser l’eau douce.
• Si vous faites appel à une entreprise pour le nettoyage de votre bateau, privilégiez-en une qui fait le choix de l'éco-responsabilité dans les procédés et les produits utilisés.

Le saviez-vous ? Combien de temps pour dégrader les déchets ?


Chaque année, des millions de déchets sont abandonnés sur les plages. On trouve des déchets polluants, mais aussi des déchets qui dégradent l'environnement de manière visuelle. Dans tous les cas, il faudra plusieurs semaines à plusieurs années pour les éliminer. Voici en combien de temps se dégradent les déchets que l'on peut trouver sur les plages.


Chaque jour, 8 millions de tonnes de déchets terminent dans les océans, dont 80 % arrivent des terres. Les plages sont polluées et les promeneurs ou touristes laissent trainer de nombreux détritus sur nos littoraux, et pas seulement du plastique. Qui n'a jamais laissé trainer un trognon de pomme sur la plage, ou enterré son mégot de cigarette en se disant que c'était biodégradable ? Alors certes, ces déchets finiront par se détruire, mais dans combien de temps ? Voici un mémo qui vous permettra de prendre conscience du temps qu'il faut pour que disparaisse cette pollution.


2 - 4 semaines : Papier toilette
6 semaine : Journaux
1 - 5 mois : Trognon de pomme, boite en carton, gant de coton, brique de lait
3 - 14 mois : Cordes de coton, emballages, allumettes...
1 - 3 ans : Bois mixte, mégôts, couche biodégradable, gant de laine
13 ans : Bois peint
50 ans : Conserve, récipient en polystyrène
80 ans : Bouée en polystyrène
200 ans : aluminium, piles, mercure
400 - 450 ans : couches jetables, tampons, compresses, plastiques
600 ans : filets de pêche et filets en nylon

 

Les déchets ménagers, la réglementation :


• Au port : tous les rejets de déchets sont bien entendu interdits dans les eaux des ports.
• Au large : il faut distinguer selon que vous vous trouvez en Méditerranée ou en Atlantique.


En Méditerranée, il est interdit d’évacuer dans la mer : tous les objets en matière plastique, et toute autre ordure, y compris les objets en papier, en verre ou en métal. seule l’évacuation des déchets alimentaires est autorisée à plus de 12 milles de la terre la plus proche.


En Atlantique ou en Manche, il est interdit de rejeter en mer tout objet en matière plastique. Cependant, les rejets suivants sont autorisés à plus de 12 milles des côtes : les déchets alimentaires. Ces déchets peuvent néanmoins être rejetés au-delà de 3 milles des côtes s’ils sont broyés ou concassés et passés dans un tamis dont les ouvertures ne dépassent pas 25 millimètres. les tissus, les papiers et cartons, les métaux et le verre.


Il existe en outre de nombreuses règlementations locales dont il est important de prendre connaissance selon votre zone de navigation. La règle générale est que chaque plaisancier a l’obligation de déposer ses déchets au port dans les installations prévues à cet effet.


Les bonnes pratiques


De nombreux déchets peuvent être revalorisés. Il est important d’effectuer leur tri sélectif à bord afin de pouvoir les déposer ensuite dans les installations portuaires de réception. D’une manière générale, afin de bien gérer vos déchets, il est important de suivre le principe des 3 R :


• Réduire : pensez à réduire vos déchets, en limitant notamment les emballages. 
• Recycler : le tri sélectif doit être effectué à bord et les déchets déposés aux endroits appropriés.
• Réutiliser : de nombreux produits peuvent être réutilisés, comme les contenants.
 

Comment éviter les rejets dans l'eau ?

Les bons comportements à adopter vis-à-vis des autres usagers

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